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21 juillet 2008 – 23:33 Reportage par : Lionel |
Croisière Voilier : Pornichet – Sables d’Olonne – 70 miles (Etape 2):
Aujourd’hui nous sommes partis à une heure plus raisonnable pour notre convoyage : 9h
Notre première nuit à bord fut excellente.
Ce matin, le soleil est de la partie, le vent absent.
La Baie de la Baule est d’un calme olympien..
Départ au moteur, cap au sud.
Nous passons rapidement l’estuaire de la Loire, quelques cargos semblent attendre l’autorisation d’entrer à St Nazaire.
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Vers 10-11 h le vent se lève, un bon force 3 du nord nord ouest qui nous permet d’avancer sous un travers abattu, pour contourner la pointe de Noirmoutier.
C’est dans ce genre d’endroit que savoir lire une carte, ou reconnaître les bouées cardinales prend tout son intérêt.
Vous savez, en Méditerranée, il n’y a de danger qu’au ras des côtes, dès que vous vous en éloignez, vous n’avez plus à craindre que votre quille touche le fond à pleine vitesse. En Atlantique côtier, c’est différent !
Au large de Noirmoutier, le plateau sous marin “des boeufs” s’étend sur plusieurs miles et barre la route des nordistes qui veulent descendre au sud sans contourner l’île d’Yeu.
Ce banc est bien signalé, par 2 bouées cardinales classiques.
Mais les bouées délimitent une zone dans laquelle les cargos de +6m de tirant d’eau ne doivent pas entrer. Nous, nous n’avons que 1m20 sous l’eau et depuis hier nous voguons couramment par seulement 4 – 5 m de fond.
J’ai donc tenté de raccourcir la zone interdite le nez rivé au sondeur.

5m, 4m, 3m, 2m wow.. tout va bien mais je remonte un peu au vent, la profondeur remonte, si j’abats je réduis la route me retrouve systématiquement sous 5m, puis 3 puis 2m.. alors vite on remonte..
Nous suivons donc la ligne des 3 – 4 m au sondeur pour nous raccourcir la route, jusqu’à ce que d’un coup, le fond remonte : 3m 2m 1m80 ! Merde, je vois vraiment le fond, et on fonce à tout allure (6 noeuds) ! On arrête immédiatement de jouer aux cons et l’on remonte carrément un bon bord de petit largue (entre travers et près) pour retourner dans les 5m et + d’eau jugés nécessaires pour pouvoir nous détendre.
Le banc passé, nous abattons franchement pour un grand largue très ouvert… le calme relatif sera le moment idéal pour casser la croûte..
La route est maintenant plein vent arrière, ne serait-ce pas le moment d’utiliser le double génois ?
Laurent Pilon a équipé Clico d’un double génois, le génois sur enrouleur plus un autre génois que l’on monte sur le bout dehors comme un spi asymétrique. C’est le moment d’essayer…
Un grand moment d’anthologie pour Stéphanie, et une grosse suée pour moi.
Il faut dire que le coin n’est pas très accueillant :
- les drapeaux de pêche sont nombreux, et il n’est pas toujours évident de contourner les couples de drapeaux susceptibles de signaler une corde dans laquelle nous pourrions emmêler notre quille. Ces zones de pêche créent un stress important pour Stéphanie.
- La côte est déserte, la mer est déserte, c’est comme si personne ne passe entre l’île d’Yeu et St Gilles Croix de Vie… la zone serait-elle si piégeuse que tout le monde l’évite…? Je n’en sais rien, mais en attendant, nous sommes dedans..
J’essaie donc de monter le deuxième génois, je réfléchis à la manoeuvre, trouve la drisse, les écoutes, le point d’amure, je hisse et….. vrac, le tout s’enroule à l’avant sur lui même ! J’avais cru bon de me passer du tangon… erreur..
Après avoir pesté tout ce que je pouvais à tenter de ramener en force le génois tout roulé, en vrac, tout à l’avant du bout dehors, je me résigne à le redescendre sur le pont, épuisé comme un don Quichotte face à un moulin à vent.
Stéphanie a eu peur, c’est la première fois qu’elle me voit en difficulté : tout à l’avant du bateau, à tenter de ramener la voile qui résiste, sur un Clico qui danse sur des vagues non négligeables.. elle avec la responsabilité de la barre, et de ces “filets de pêche” qui nous entourent…
Le vent s’est renforcé, et les vagues rendent les manoeuvres plus difficiles et plus risquées.. Ok c’est promis, je n’y retourne qu’avec le harnais et sa longe attachée à la ligne de vie.
Cette fois-ci, j’installe le tangon, et le génois se gonfle dès que je le hisse. Floc !
2 génois gonflés à l’avant du bateau, plein vent arrière, 15 / 20 deg de marge de manoeuvre… la barre est douce, l’allure semble confortable.
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Mais le vent arrière n’est finalement pas la route parfaite, au bout d’une petite heure, le fond remonte doucement à moins de 5m, je décide d’affaler le deuxième génois pour reprendre de la distance à la côte. En se rapprochant du lit du vent, je constate que celui-ci a bien grimpé, la force 4 est bien passée et nous pourrions même être sur du force 5. Je n’ai pas d’anémomètre, nous dévalons les vagues facilement et rapidement mais je commence à me poser des questions sur l’atterrissage, probable aux Sables d’Olonne en fin de journée.
Si le vent passe le force 5, vu les émotions de la journée, je ne suis pas sûr d’avoir envie d’affronter de face des vagues en pleine formation. Vu la direction du vent et notre destination, cela ne devrait pas se produire…
Sauf si je fais une faute de navigation, et que je me retrouve entre un banc et le vent…
J’étudie donc la carte, le livre de navigation et sort les jumelles.
Ah oui, le GPS est tombé en panne de piles (je ne savais pas encore le brancher sur l’électricité du bord).
Il ne faut pas que je me plante… je découvre qu’il faut que je contourne par l’ouest la “petite barge d’Olonne”, que je devrais apercevoir au sud de la “grande barge”…
La petite barge devient notre point de mire virtuel (car nous ne la voyons pas) et nous cherchons la grande barge – que nous ne voyons pas non plus.
Nous trouverons bien la grande barge : une tourelle sur un rocher, puis la petite barge, sur sa droite, une bouée flottante dont le contournement se fera facilement à vue.
Je ne me serais finalement pas trompé sur ma nav. et obtiendrai une arrivée parfaite au coucher du soleil..
Enfin, parfaite à un détail près…
Il fait froid, j’ai un bonnet sur la tête, le vent est plus fort qu’il ne l’a été toute la journée car nous sommes face au vent, au moteur en train d’affaler nos voiles avant d’entrer dans le fameux chenal des Sables d’Olonne.. Mais j’ai un problème, l’enrouleur refuse de continuer d’enrouler le génois qui est encore sorti à 70%.. La voile claque tout ce qu’elle peut… et je ne vois pas ce qui coince…
Sentiment d’impuissance, d’injustice après cette journée pas facile mais finalement belle qui aurait dû bien finir mais qui semble alors partir en totale déconfiture..
Allons nous passer le chenal avec notre génois coincé qui claque au vent… Non, pitité, pas cette honte…
<< et l’idée surgit comme un éclair…>>
La drisse du deuxième génois… comment est-elle ?
Bingo, elle s’est enroulée avec le génois.. C’est elle qui le bloque. Je déroule le génois, recommence la manoeuvre en veillant sur la drisse et HOURRA, tout entre facilement dans l’ordre.
Cette fois-ci, cette longue journée est belle et bien terminée, il ne nous reste plus qu’à accoster sagement au ponton de la capitainerie. Ouverte à 22h, accueil aimable, et la personne de garde nous ré-ouvre les sanitaires spécialement pour nous.
Un accueil très pro.. je me dis qu’ils en ont vu d’autres, fatigués eux aussi, qui revenaient de loin… bien plus loin que Pornichet..
Aujourd’hui, nous avons obtenu un record de distance, et ce, dès notre deuxième jour avec plus de 70 nautiques en 11h dont je garderai le souvenir d’une incessante chevauchée salée..

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