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29 juillet 2008 – 20:09 Reportage par : Lionel |
L’écluse de Castets en Dorthe

Passer une écluse comme celle de Castets en Dorthe n’est pas très difficile
mais c’est bigrement impressionnant.
Impressionnant car c’est la première écluse que vous prenez de votre vie.
Impressionnant car c’est la plus haute du canal (avec Matabiau à Toulouse)
Impressionnant car on ne vous a jamais expliqué comment faire.
Ajoutez à cela que vous ramenez un joli bateau refait à neuf pour lequel
vous craignez la moindre éraflure et que vous avez un joli cocktail pour vivre
quelques minutes intenses digne d’un grand manège.
Ci-contre, vous avez un plan approximatif des dimensions de l’écluse, ses dimensions
son de x x m, sur le dessin la longueur a été carrément réduite pour rendre la taille
de l’image raisonnable.
Le mécanisme de l’écluse est le suivant :
Vous entrez dedans, les portes se referment derrière vous, les portes devant laissent
filer de l’eau et le bateau monte au fur et à mesure que l’écluse se remplit.
Ca c’est l’explication théorique mais en fait voilà ce qui se passe :
Vous prenez la décision de rentrer dedans, vous ne savez pas trop ce qui va
se passer mais vous le faites quand même. Plus vous approchez, plus la lumière baisse,
il fait noir là dedans.., les portes amonts ne sont pas étanches et vous avez
une vraie cascade qui fait un sacré boucan devant l’étrave.
Plus vous approchez, plus vous vous dites, mais comment va t-on faire pour envoyer
une amarre là haut, c’est aussi haut que le mât !
Une fois dedans, vous réalisez que les murs sont loin d’être bien droit, ils
sont faits de pierre de taille, gluants et noircis par les algues. Chaque pierre
à ses propres aspérités et vous donne l’impression qu’elles se disent : “chouette
un nouveau bateau à érafler… on va peut être pouvoir se le faire celui-là , regarde
les pare-battages ridicules qu’il a.”
En général, il y a des renfoncements pour passer une échelle ou pour avoir
un point d’attache montant, mais ces renfoncements sont avant tout des angles droits
saillants qui adorent venir se mettre entre 2 pare-battages..
Et puis il y a du courant là dedans, normal avec la cascade.., rapidement le bateau
commence à se mettre de travers.. “Hey mais il y a le mât qui dépasse, avec le fragile
feu de mât au bout”… il faut être réactif et jouer des pieds, des mains et de la gaffe.
Tout à coup, surgit une perche, tendue par l’éclusier, au dessus de ma tête,
j’ai d’abord cru qu’il fallait que je l’attrape pour redresser le bateau, en fait,
il attendait que j’y passe une amarre.
Il la passe autour de la bite (je n’ai pas écrit “sa”), cela s’appelle aussi un bollard (terme anglais),
et nous renvoie le reste pour que nous gérions la tension.
A partir de là , tout va mieux, enfin pour un temps.
Avec la perche, l’éclusier récupère la deuxième amarre et la passe autour du bollard ce
qui nous permet de plaquer le bateau en position fixe contre les murs gluants..
L’éclusier disparaît, je crie à Stéph : “prépares toi ! le manège va commencer”..
Je n’ai absolument aucune idée de comment ça va se passer.
Nous ne sommes pas trop mal placés, à l’arrière de l’écluse, l’eau va venir de devant et c’est
là qu’il y aura le plus de remous. Dans remous, il faut comprendre remuer au sens des vagues.
Les remous font monter et descendre le bateau tout en l’écartant et en le plaquant de plus
belle contre le mur. Bref, si vous avez peur des rayures et que vous avez de simples
pare-battages de port, les remous sont vos ennemis.
Mais à l’arrière il y a aussi ce fichu angle qui ne demande qu’à laisser son empreinte dans la coque..
J’explique à Stéphanie : le niveau va monter, donc au fur et à mesure les amarres vont se détendre,
il faut donc tirer dessus pour qu’elles soient toujours tendues, car si elles sont molles on
va se balancer et risquer d’abîmer…
Quand tout à coup, la cascade s’emballe, le bruit de l’eau devient très fort. Au début le bateau ne semble pas
affecté par les remous qui se forment devant, puis tout à coup, l’eau prend ses droits.
Il y a comme de la houle dans l’écluse, les pare-battages s’écrasent, nos chandeliers qui débordent naturellement
un peu sur l’extérieur ne sont qu’à quelques millimètres de servir d’appui (nos pare-battages sont trop petits).
Je tire tout ce que je peux pour maintenir la coque contre le mur, mais avec une amarre quasi verticale
on ne peut pas faire grand chose. Très vite je me sers de mes mains pour éviter le pire. L’avantage
des mains est qu’elles portent plus loin que le pare-battage.
Puis les mouvements commencent à s’estomper, nous avons déjà monté plus de la moitié de la hauteur.
La suite sera de la rigolade.

Une fois en haut, on se dit “Wow”, on a rien pété mais il en reste combien comme ça ? 156 ?!?
Ca va pas le faire !
Pendant que nous nous acquittons de notre droit de passage : voir : “Traverser le canal du midi en voilier”
l’éclusier nous explique que toutes les écluses qui suivent sont automatiques, elles sont plus petites
et de ce fait fonctionne sans éclusier. Il avoue avec un petit sourire d’enfant que cette fois-ci, il y
est allé un peu fort (il gère le débit de remplissage).
L’homme est somme toute sympa mais a juste une façon de s’amuser qui ne cadre pas avec ma situation
de nouveau propriétaire…
Nous passerons encore une petit écluse avant la fermeture et passerons notre première nuit dans le canal de Garonne.
Un grand moment de sentiment d’accomplissement.





